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jeudi, 20 juillet 2006

Les avis recueillis sur le net

Le livre a été réimprimé deux fois et à en croire les quelques indicateurs que nous avons pu consulter, s'est vendu au delà de ce que nous imaginions. Nous mettons dans cette note les quelques avis de lecteurs internautes recueillis sur des sites comme amazon ou ciao. Les bonnes critiques... mais aussi les mauvaises. (seul petit regret sur les mauvaises : elles basent leurs commentaires sur des choses inexactes, ce qui est dommage. En dehors de cela, nous ne discutons pas de la liberté de chacun de penser ce qu'il veut du livre !)

 Les peu engageantes arrière-cuisines de l'aérien



L'évaluation de l'auteur:  


Avantages: Un témoignage capital .  .  .
Inconvénients: .  .  . peu être encore en dessous de la vérité


Avis complet
Ce livre a pour co-auteurs François Nénin, ancien chef de rubrique "Transports et Tourisme" et Henri Marnet-Cornus, ancien commandant de bord d'Air Lib.

Quasiment inconnu du grand public, Henri Marnet-Cornus, pilote réputé pour son sérieux et son intransigeance par rapport aux respect des règles de son métier, fut l'objet d'une procédure de licenciement par le sulfureux PDG d'Air Lib, Jean-Charles Corbet, pour avoir dénoncé les trop nombreuses impasses faites sur la sécurité des vols dans les derniers temps d'Air Lib.

Le point d'orgue et le déclencheur de l'éviction d'Henri Marnet-Cornus a été sa dénonciation du non-respect par cette compagnie des consignes constructeurs, suite au "pompage" d'un réacteur d'un A340 d'Air Lib (due à une ingestion d'oiseaux au décollage). Les consignes Airbus dans ce cas étaient très claires : le moteur concerné devaient faire l'objet d'une inspection au moyen d'un "boroscope" (instrument optique comparable à l'endoscope utilisé en médecine).

Les media grand public furent muets sur cette affaire mais elle souleva un grande émotion dans le milieu de l'aérien, où des pétitions en ligne furent mises en oeuvre en faveur de ce commandant de bord.

Ce livre analyse les différents éléments et leur impact sur la sécurité aérienne : loi du silence, le rôle des voyagistes, les services de sécurité aérienne, Air France, le BEA, les "galériens du ciel", les affairistes sans scrupules tournant autour des compagnies aériennes.

Le chapitre sur la loi du silence met l'accent sur un cas extrême, celui d'un pilote de 747 d'Air France, Norbert Jacquet, aujourd'hui SDF ! Comment en est-il arrivé là ? Fondateur d'un syndicat dissident du SNPL, lors de la "série noire" qui a frappé l'A320 à ses débuts, il dénonça, sans prendre de gants, la version officielle qui écartait à chaque fois l'implication de l'avion dans ces accidents. Ce qui lui valu d'être littéralement "massacré" : licencié d'Air France pour de prétendus "troubles psychiatriques", et même interné arbitrairement en hôpital psychiatrique. Des spécialistes reconnus ont pourtant attesté de sa parfaite santé mentale. J'avais depuis déjà longtemps eu vent de cette affaire, mais ce n'est que récemment que j'ai appris que son sort actuel. L'ayant personnellement rencontré l'an dernier, je confirme le portrait qu'en font les auteurs : un esprit acéré pour commenter l'actualité aéronautique et analyser les dossiers, un homme resté impeccable malgré sa condition, certes visiblement fatigué, écoeuré, parfois provocateur et méfiant, mais jamais violent comme voudraient le présenter ses détracteurs.

Le chapitre suivant traite du désarroi des familles de victimes face à la froideur, la dérobade des autorités et de la justice. Impunité pénale : seul le commandant de bord est pénalement responsable, or dans la plupart des accidents, il est lui-même victime. Même si des défaillances graves ont lieu en amont, personne ne sera inquiété ! Plus de deux ans après la tragédie, les familles des victimes de Charm-el-Cheikh sont toujours "baladées", extinction des poursuites pour le vol TWA 800, impunité dans le crash de Quiberon... Le cas le plus extrême est celui du Mont-Saint-Odile où le procès vient seulement d'avoir lieu, quatorze ans après les faits. Tout semble fait pour décourager les familles de victimes à faire valoir leurs droits à la vérité et à la reconnaissance de leurs préjudices.

Ensuite vient le tour des voyagistes : derrière le papier glacé vendant du rêve, les auteurs nous présentent des arrière-cuisines peu reluisantes. Lorsqu'on sait que certains tour-opérateurs ne vérifient pas le niveau de confort des hôtels et que de désagréables surprises attendent parfois les clients, comment leur faire confiance pour s'assurer de la sécurité des compagnies aériennes dans lesquelles ils feront voyager leurs clients ? "Ce n'est pas notre coeur de métier" rétorquent-ils tels Ponce Pilate. Souvent ils n'affrètent pas directement eux mêmes mais passent par un courtier. Retranchez du prix déjà écrabouillé du billet la marge du tour-opérateur, la marge du courtier, celle de la compagnie, imaginez ce qui reste pour assurer le vol ! Pour gagner quelques malheureux euros par siège, on préfère affréter les "moins-disants" sans trop regarder. Non seulement cette pratique a coûté des vies de passagers (Flash Airlines, West Carribean...) mais elle a eu pour conséquence de sinistrer le secteur des compagnies charter françaises, et de mettre au chômage, voire au RMI, des professionnels sérieux passionnés par leur métier...

Les services de sécurité aérienne et le bureau Enquêtes-Accidents (BEA, rebaptisé aujourd'hui bureau Enquêtes-Analyses) ne sont pas oubliés. Le rôle des autorités aéronautiques est de vérifier que les compagnies respectent les exigences techniques, directement, mais aussi indirectement en s'assurant que celles-ci sont financièrement suffisamment solides. Derrière la gesticulation du "label bleu de Robien", on ferme les yeux sur d'étranges pratiques, quand on n'en est pas carrément à l'origine : ainsi l'affaire d'Aerocondor, école de pilotage portugaise à laquelle on a confié la desserte Paris-Agen en ATR42, alors qu'elle ne possédait pas ce type d'appareil ! On a donc assisté à une cascade de sous-traitance à trois étages France-Danemark... Lituanie ! Dans les premières semaines d'exploitation, après une panne d'un des moteurs douze minutes après le décollage, le pilote continue ainsi en monomoteur pendant 1h20 sur Orly au mépris des consignes du constructeur de l'appareil ! Silence assourdissant du côté de la DGAC ! Quant au BEA, son manque d'indépendance vis-à-vis du pouvoir et/ou des compagnies conduisent à "enterrer" des rapports d'incidents graves, et, en cas d'accident, à se limiter à l'analyse de l'événement final sans remonter toute la "chaîne de l'erreur", au niveau des conditions de fonctionnement des compagnies notamment.

Quelques mots sur Air France qui n'est bien entendu pas dépeinte comme une "compagnie poubelle", mais quelques indices préoccupants apparaissent : avis de danger du CHSCT, insuffisance de formation des jeunes pilotes selon certains vieux "chibanis", manque de transparence sur certains événements récents comme l'affaire de Toronto ou une sortie de piste moins médiatisée à Douala... Les pressions économiques, la "réduction des coûts", surtout depuis la privatisation, n'y sont peut-être pas totalement étrangères.

Si les conditions de travail des pilotes AF restent encore correctes, à côté il y a, jusqu'en France, les "galériens du ciel". C'est peu connu du grand public, mais la profession de pilote est sinistrée depuis des années par un chômage endémique qui frise les 20% (probablement plus si on ajoute ceux qui ont définitivement renoncé et travaillent dans d'autres secteurs pour vivre). Jadis, plusieurs acteurs proposaient des emplois stables dans de bonnes conditions : Air Inter, UTA, TAT, plusieurs compagnies que l'on appelait alors "de troisième niveau". Aujourd'hui, hors Air France quasiment point de salut : on ne compte plus les pilotes très qualifiés, sur A320 ou B737, obligés d'enchaîner CDD sur CDD. Mieux vaut avoir l'échine souple si on veut espérer un nouveau contrat. Certains media grand public s'en sont même fait l'écho ("Pilotes de ligne brisés" - Libération du 19/09/2005 ; "Les nouveaux précaires" - Marianne du 22/01/2005)

Enfin, si autrefois les compagnies avaient pour credo d'offrir le meilleur niveau de sécurité à leur passagers, qui à en mettre le prix, le livre présente les pas toujours très orthodoxes pratiques d'aujourdui, de la part des affairistes qui se sont abattus sur ce secteur : Aerolyon autour de laquelle ont gravité de véritables escrocs, le pillage d'AOM-Air Liberté par Swissair, comme pour la belge SABENA, puis l'épisode sulfureux d'Air Lib au temps de Jean-Charles Corbet. Air Littoral et Air Horizons n'ont pas été mieux loties...

On y trouvera ensuite le retour d'expérience d'Henri Marnet-Cornus, confronté aux dérives au nom de la "productivité", des "impératifs économiques", jusqu'à son éviction suite à l'affaire du moteur 2 de l'A340 évoquée plus haut.

En résumé qu'est-ce qui caractérise une "compagnie poubelle" ? Réponse tirée du livre (p 99) :

- des effectifs réduits et insuffisamment formés,
- peu ou pas de matériel,
- peu ou pas de pièces de rechange,
- des repos minimum,
- des conditions de travail précaires,

ce qui aboutit aux résultats suivants :

- les avions sont en mauvais état,
- le climat social est instable et les conflits se multiplient,
- on fait des impasses techniques,
- on trafique avec des pièces de contrefaçon,
- on s'arrange avec la réglementation,
- les services s'isolent peu à peu les uns des autres,
- la compagnie se fragilise,
- le personnel est fatigué, démotivé.

Ce livre se lit très bien, il est facilement accessible au public non-spécialiste, et l'on sent la force du "vécu" dans les passages concernant l'expérience d'Henri Marnet Cornus, et ceux traitant de son ancienne compagnie. Je recommande donc vivement la lecture de ce livre, il y a encore beaucoup à apprendre en plus du résumé ci-dessus.

Les auteurs de ce livre ont également ouvert un blog, débutant sur ciao je ne sais pas si on peut mettre un lien dans un avis, mais vous le trouverez aisément en tapant "transportaérienledossiernoir" (tout attaché) sous Google. Il est assez rare de pouvoir ainsi interagir avec les auteurs d'un livre, cette initiative mérite également d'être soulignée.

Cette mécanique infernale est également illustrée par le film "Whisky Romeo Zulu" (présent par erreur sous la forme "Whisky Romeo Zuly" sur ciao.fr)

Je reprends ma conclusion de mon avis sur le DVD "Whisky Romeo Zulu" : ceux qui s'exclament "OUAAHHH C'EST PAS CHER !!!" devant des offres de billet d'avion trop alléchantes devraient lire ce livre, peut-être redécouvriraient-ils la maxime sans doute plus appropriée que l'on disait dans ma jeunesse : "c'est trop beau pour être honnête" (on pourrait l'appliquer à d'autres secteurs, où les conséquences sont certes moins graves, mais où il faut se rappeler que toute chose à un coût, et la sécurité n'y échappe pas)

La légende antique d'Icare et de Dédale est étrangement prémonitoire. Souvenez-vous que l'imprudent Icare s'est tué, mais que le sage Dédale est, lui, arrivé à bon port !

Pour qu'on ne se méprenne pas, je précise que je ne suis pas du tout un "aviophobe" maladif et angoissé, mais au contraire un passionné d'aviation, pilote à mes moments perdus depuis plus de vingt ans, totalisant pas loin de 800 heures de vol, mais déplorant les tristes dérives "à la marine marchande", que connaît de nos jours cette merveilleuse activité qu'est l'aviation. 




Plus de détails
Prix  
Raison du choix Bouche à oreille 
Confort de lecture Très bon 
Précision Très bonne 
Rapport qualité/prix Très bon 

 

Commentaires en ligne

Moyenne des commentaires client :

decevant, 28 Aoû 2006
Commentaire de : herve "herve" (france) - Voir tous mes commentaires
un peu decu par ce livre.on y apprend qu'air lib n'entretenait plus ses avions.
pour d'autres Cies, on fait du sensationnelle avec pas grand chose, par exemple, le coup de la bouteille oxygne, si le constructeur dit que 900 psi suffisent, le commandant de bord a tord d'en reclamer une pleine, ou alors le CDB qui exige le remplacement de son moteur, il n'a aucune competence en ce domaine et on le fait passer pour le bon samaritain.
les JP Otelli sont bien mieux fait




2 internautes sur  2 ont trouvé ce commentaire utile :

un livre choc, 15 Mai 2006
Commentaire de : Alex "Alex7007" (France) - Voir tous mes commentaires
Enfin un livre qui décrit sans concessions la réalité du secteur aérien dans lequel j'ai fait toute ma carrière. Cet ouvrage permet de porter à la connaissance du grand public ce qui est uniquement connu par les professionnels. Bien documenté, un gros travail de vulgarisation a été effectué pour rendre accessible la partie technique. Certains témoignages sont édifiants. Le livre explique bien les causes structurelles des crashs de l'été 2005. Le journaliste l'a écrit en binome avec un commandant de bord, ce qui rend la démarche crédible. J'ai aimé aussi toute la partie récits du retour d'expérience. Bref, un bon livre d'enquête qui arrive à point nommé dans ce contexte. A lire avant de prendre l'avion.





 

Une démarche journalistique douteuse, 24 Mar 2006
Commentaire de : izzza (france) - Voir tous mes commentaires
Ce livre me donne une impression désagréable, celle d'un journaliste qui veut que les faits collent à son opinion et non l'inverse : le livre commence par un chapitre de fiction caricatural et larmoyant décrivant un accident d'avion, puis l'auteur essaie de faire coller son livre à cette fiction larmoyante et tirée par les cheveux qu'il a inventée de toutes pièces (il avoue lui-même ensuite avoir forcé le trait dans sa fiction).
Ce n'est pas, à mon opinion, une démarche journalistique saine.
Cette opinion est renforcée tout au long du livre par une accumulation de raccourcis osés, de comparaisons pas forcément comparables, et un manque flagrant de points de vues divers et contradictoires : seuls deux pilotes de ligne (deux anciens d'Air Lib, ça donne un coup dans l'aile à la représentativité!!!) y ont droit à la parole, c'est peu comparé à l'ensemble des personnels de l'aviation civile française.
Je ne dit pas que l'auteur a forcément tort dans ses propos mais sa démarche est démagogique, et non pédagogique.
Quant à son idée de laisser la parole pendant un tiers du bouquin à un ancien commandant de bord d'une compagnie aérienne au bord de la faillite et cannibalisée par des affairistes (AOM/Air Lib pour ne pas la nommer), elle est intéressante, car on y apprend des choses édifiantes en ce qui concernela sécurité, mais là encore on a l'impression de regarder les choses par le petit bout de la lorgnette. Un peu plus de témoignagnes de tous les bords (personnels navigants d'autres compagnies diverses et variées, notamment Air France et les compagnies low cost type EasyJet) auraient donné à ce livre un peu plus de crédibilité journalistique.
Bref, un livre décevant sur un sujet, par ailleurs, passionnant





11 internautes sur  14 ont trouvé ce commentaire utile :

une enquête passionnante, 14 Mar 2006
Commentaire de : charlotte (Paris) - Voir tous mes commentaires
je prends souvent l'avion et je voulais voir de l'intérieur la vie d'une compagnie aérienne. C'est assez édifiant, le livre m'a plu car il contient beaucoup d'exemples et se lit parfois comme un roman policier, comme l'histoire du pilote devenu SDF après avoir fait des révélations. A la fin, les auteurs ont publié les documents officiels. ça fait assez sérieux. le livre n'est pas trop technique.
 
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